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À partir d’avant-hierReflets

Quand Dassault Aviation va se renseigner sur le vol en Rafale de Saadi Kadhafi – E02 S02

Par Antoine Champagne - kitetoa

Le 28 décembre dernier, Reflets publiait l’épisode 1 de la saison 2 de « Les emplettes de Saadi ». Nous expliquions comment le fils du Colonel Kadhafi avait eu les honneurs d’un vol de démonstration du Rafale sur la base d’Istres. Pour cette visite top secret, Dassault Aviation avait mis les petits plats dans les grands, espérant sans doute vendre son fleuron à la Libye. A l’époque, Mouammar était encore entre gentil-gentil et méchant-gentil et il était toujours de bon ton de lui fourguer tout et n’importe quoi. Le président de l’époque, Nicolas Sarkozy, qui déclarait en 2012 ne « jamais avoir frayé avec Kadhafi », république irréprochable oblige, prévoyait même de lui vendre une centrale nucléaire. C’est dire. Saadi Kadhafi faisait donc la tournée des vendeurs d’armes français entre le 6 et le 10 juin 2006. Nous avions publié une vidéo, en avril 2012, montrant Saadi Kadhafi chez Panhard, chez Michèle Alliot-Marie (qui a « beaucoup aimé le souk de Tripoli » où elle avait « fait plein d’achat, surtout chez des bijoutiers, mais également chez les marchands d’armes » car son mari « collectionne les armes anciennes) et chez Thalès. L’épisode 1 de la saison 2, diffusé dans nos colonnes le 28 décembre montrait les photos de son vol de démonstration dans le Rafale. Mais il restait une inconnue : ce que Dassault Aviation avait à dire sur cet essai par Saadi Kadhafi du Rafale.

En effet, pendant la trève des confiseurs, Dassault Aviation est… fermé. Personne pour répondre à a presse. Pas plus au siège de l’avionneur, que nous avions contacté également.

Nous avons donc repris notre téléphone lundi 9 janvier au matin pour questionner le service de presse de Dassault Aviation. Un service de presse, c’est fait pour communiquer. Donc ce qu’il raconte est par nature public, voici donc à peu de choses près notre échange :

  • Bonjour, nous voudrions parler à Stéphane Fort [NDLR : responsable de la communication institutionnelle]
  • De la part ?
  • Reflets…
  • Heu, il est parti en réunion, vous l’appeliez pour quoi ?
  • Des questions sur une visite de Saadi Kadhafi il y a quelques années à Istres.
  • Heeeeeuuu… Vous… Êtes journaliste ?
  • Ah, oui, c’est d’ailleurs pour cela que j’appelle le service de presse.
  • OK, je vais essayer de vous trouver quelqu’un.
  • …………………………………………………………. ….. ……. ………. ………..
  • Oui allô….?
  • Bonjour, je suis Reflets. Vous êtes ?
  • Mathieu Durand, adjoint du dircom de Dassault Aviation
  • Bonjour. Je vous appelle à propos d’un article que l’on a publié sur une visite de Saadi Kadhafi à Istres en 2006. Vous étiez en vacances et on n’avait pu joindre personne…
  • Oui… Oui, votre article me dit quelque chose.
  • Ah bon ?
  • Oui effectivement on m’en a parlé.
  • Je voudrais la position de Dassault, est-ce qu’il est courant d’organiser des vols à bord du Rafale ?
  • Vous faites bien de me rappeler parce que cet article m’avait attiré l’oeil et du coup il faut que j’aille me renseigner un peu plus, ce que je n’ai pas fait, j’aurais du le faire, pour savoir cette histoire, de quoi il retourne, qui, quoi, comment, et puis je vous rappelle parce que je vous avoue, être un peu sec. Donc je reprends vos coordonnées.
  • Oui, je suis Reflets, joignable au numéro suivant…
  • Vous êtes un journal indépendant, rattaché à un autre titre ? Je vous avoue que je ne connais pas. Vous êtes tout seul ou vous avez une petite équipe ?
  • Oh, on a une petite équipe, même un peu élargie…
  • Vous êtes basés où ?
  • A Saint-Cloud, tout près…
  • Ah, oui, d’accord. La localisation importe peu, vous me direz. Bon d’accord, il faut que je retrouve votre papier, que je me fasse expliquer tout ça…. parce que à cette époque là je n’étais pas du tout sur ce type de communication… Donc il faut que je me fasse briefer. Donc vos question c’est en gros ?
  • Est-ce que cette visite a bien eu lieu, mais les photos que l’on a publié sont explicites…
  • Oui, on m’a dit effectivement qu’il y avait des photos, mais heu, les photos, vous les avez eues comment parce que…?
  • Ben ça c’est un peu le secret des sources, mais vous imaginez bien qu’il s’agit probablement de quelqu’un qui est sur les photos.
  • Donc si cette réunion a bien eu lieu et…
  • Et s’il est classique d’organiser des essais en vol.
  • Faire voler un futur client ?
  • C’est un des fils de Kadhafi, pas forcément un futur client.
  • Qui à l’époque pouvait être considéré comme un futur client…
  • Si vous voulez… Oui, d’accord…
  • D’une manière générale, personne ne nous achète d’avion sans les essayer avant…
  • Oui, oui, mais là ce n’est pas le pilote le plus aguerri de l’armée indienne, c’est le fils de Kadhafi, il est footballeur…
  • Ah, parce que là c’est le fils Kadhafi. Il est toujours vivant ou il est mort pendant la guerre ? Vous l’avez interrogé ?
  • Non, il n’est pas mort, mais je ne l’ai pas interrogé.
  • Quel est votre délai ultime ?
  • Je n’en ai pas, puisque l’article est publié, mais le plus tôt c’est le mieux.
  • Très bien monsieur, je m’occupe de ça.
  • Merci. Au revoir
  • Au revoir.

Visiblement, Dassault Aviation a beaucoup de travail puisque la journée n’a pas suffi à trouver la réponse à deux questions simple, dont l’une est évidente. On aurait peut-être dû donner ce lundi midi comme heure limite avant fermeture de l’enregistrement publication ? Ou que Reflets ne ferme ni pendant les vacances, ni la nuit ?


Surveillance : Tristan Nitot à l’aide des internautes

Par Antoine Champagne - kitetoa

C’est un pari difficile que de vulgariser des concepts techniques. C’est étonnamment bien réussi de la part de Tristan Nitot, dans son live « Surveillance://, Les libertés au défi du numérique:comprendre et agir ». Expliquer les enjeux de la surveillance et les moyens mis en place par les Etats et les entreprises privées, n’est pas chose aisée. Les non-spécialistes ont tendance à rapidement utiliser le point #spagrave, #jairienacacher ou #jinteressepersonne. Et pourtant, lorsqu’on leur explique que même s’ils n’ont rien à cacher, ils ne donnent pas leur numéro de carte bancaire à un inconnu, que même s’ils ont de belles fesses, ils se promènent habillés plutôt que nus, ils comprennent assez bien l’idée que l’on souhaite leur faire passer.

Tristan Nitot, ancien de la Mozilla Foundation est allé plus loin que cela, car c’est insuffisant pour convaincre et rallier les indécis. La première partie de son livre explique les méthodes de surveillance et dévoile les auteurs de cet accaparement des données personnelles. La deuxième partie explique quant à elle que si l’on contrôle le code, on contrôle ce qui est fait de nos données. En clair, mieux vaut un logiciel libre qu’une boite noire, même étatique et supposément au service des citoyens. Et l’auteur de s’inquiéter : « l’informatique est chaque jour plus indispensable à nos vies et pourtant nous perdons chaque jour des capacités de contrôle ». Une tendance qui s’illustre par exemple avec la généralisation des logiciels propriétaires, à l’extension du cloud et des SAAS (software as a service). Comme l’explique Tristan Nitot, si l’on veut faire adhérer le grand public à ces idées de protection contre la surveillance massive, privée ou publique, il faudra offrir aux internautes une plus-value. Quelque chose qui soit perçu comme une « amélioration », bien au-delà de la sécurisation de ses données. « L’expérience utilisateur », comment disent les experts du digital, est au coeur de la transformation nécessaire.

Dans la troisième partie, Tristan Nitot, que nous avions reçu pour une émission de Radio Reflets et au cours de laquelle il évoquait ce livre en devenir, expose comment le réseau devrait être structuré pour éviter la surveillance. Enfin, dans sa quatrième partie, cet expert des Internets explique simplement mais de manière assez complète aux internautes, comment améliorer leur environnement informatique.

Sans tomber dans une paranoïa totale et sans décrire une infrastructure de psychopathe de la protection des communications, Tristan Nitot donne aux béotiens les moyens nécessaires pour assurer un minimum de privacy. Ce qui est une gageure.


« Surveillance://, Les libertés au défi du numérique:comprendre et agir »
C&F Editions
Blogollection
2016
ISSN 2492-0258
19 euros

L’opinion politique, ce truc fluctuant plus vraiment sous influence ?

Par Yovan Menkevick

L’année 2016 nous a enseigné quelques petites choses assez intéressantes. L’une d’entre elles, et pas des moindres, quand on y réfléchit bien, est la suivante : les opinions publique politiques sont en pleine mutation. Malgré l’immobilisme le plus parfait de la classe politique mondiale — ainsi que des caisses de résonances médiatiques diverses et variées qui tentent de décrire la réalité sous différents jours, fonction des intérêts des uns et des autres — les opinions publiques, donc, mutent. Oui, elles mutent. Mais qu’est-ce à dire ?

Une volonté (un peu trop) affichée de marché commun

Dans opinion, il y a « inion ». Mais il y a aussi « op ». C’est drôle non ? Oubliez ça, et passez à la suite. Jusque là, une opinion, ça se travaillait, au quotidien, sans trop de problèmes. Il suffisait d’ouvrir les journaux TV sur les mêmes sujets avec des angles différents mais qui arrivaient aux mêmes conclusions, pour que la masse informe des sous-citoyens abrutis par leurs programmes audiovisuels ait l’impression de s’être fait une idée sur les « grands sujets » d’actualité » qui comptent.

Même si cette masse allait (un peu) sur Internet, et qu’elle y trouvait des informations complémentaires, c’était quand même plutôt raccord avec la TV. Lire Le Monde ou Libé n’est pas vraiment un acte de résistance face au 20h de Pujadas, sur les grands sujets comme les petits. Parce qu’au fond, toute cette actualité a une base commune, celle de décrire le monde par le plus petit dénominateur commun, celui du pouvoir économique et politique européen qui n’a qu’une seule volonté : maintenir et renforcer le fonctionnement actuel des institutions et des règles qui régissent cet espace des 27 ou 28 : celui du marché unique.

Dénoncer cette influence, consciente ou non, de la presse officielle et de la classe politique n’a aucun intérêt en soi. La chose est connue. Ce constat est simplement là pour permettre une meilleure compréhension de la progression du rienafout’ et des profonds changements survenus dans l’opinion. Justement.

Le pusrienafout’ progresse

Cette volonté des pouvoirs politiques — soutenus par le pouvoir médiatique — a commencé à se voir un peu trop fort il y a déjà presque une décennie. Mais la majorité de « l’opinion » ne pouvait rien en faire. Sachant que de nombreux « européistes » de partis gouvernementaux, inquiets de leur image à ce sujet, promettaient de « corriger » l’Europe, la « mettre au service des peuples ». Toutes ces grandes déclarations établissant que ce n’était pas l’Europe le problème, mais en réalité le « manque d’Europe », sociale,  fiscale, enfin bref : rêvez braves gens, on va vous faire une Europe tellement chouette que vous vous endormirez le soir un sourire aux lèvres et rêverez de Bruxelles et Strasbourg comme un Kevin rêve de Disneyland. Ok. Génial. Et ?

Et pépère a gagné la présidentielle de 2012 sans même comprendre comment c’était possible. Avec un programme et des déclarations d’intentions écrites par des conseillers en comm’ qui avaient bien flairé l’air du temps, niveau agacement sur l’Europe. La finance aussi, qui était l’ennemi, tout comme le traité d’austérité perpétuelle (TSCG), tous ces trucs qui seraient mis au pas s’il était élu. Corrigés en quelque sorte.

C’est, en France, ce moment là qui scelle le début du grand chaos de l’opinion publique. Pas directement en 2012, puisque pépère n’a pas encore eu le temps d’envoyer se faire fout’ l’opinion (dont ses quelques 18 millions d’électeurs), mais en 2016. Après 4 ans d’exercice du pouvoir fait de : renoncements répétés, mauvaise foi,  mensonges, promesses bidons et foutages de gueule uniques dans l’histoire de la République, cinquième du nom. L’opinion, à ce moment là, commence à ne plus vraiment fonctionner comme auparavant. Les ficelles sont trop visibles. Le prestidigitateur est mauvais, le spectacle pathétique. Ils sortent les tomates, sifflent, et se mettent à plébisciter un autre artiste pour monter sur scène : la blonde néo-fasciste déguisée en amie des classes moyenne prolétarisées et grande pourfendeuse de l’Europe et de la finance mondialisée.

L’opinion, un truc d’enfants gâtés ?

Ce qui caractérise l’année 2016 — et pourrait tout balayer en 2017 — est cette faculté tout à fait nouvelle des opinions, à se déplacer, là où on aucun analyste et autre expert ne les attend. Malgré le martèlement politique boosté par les rassurements et l’influence médiatique du prêt-à-penser, il y a fort à parier que les opinions publiques aillent donc là où elles veulent aller.

Hein, coquinou, toi aussi tu es au courant d’un peu tout, et on ne te la fait pas, hein ? Je te kiffe, tu sais…

Dans le pusrienafout’. Parce que plus personne n’y croit. Parce que tout le monde (ou presque) sait bien que la France est un pays très riche et pourtant sans aucun avenir autre que celui d’être un grand supermarché cerné de cités dortoirs et de bureaux sans âmes. Une sorte de désert post-moderne habité par des vieillards apeurés pousseurs de caddies observant une [presque] minorité de jeunes connectées qui n’ont pas d’autres envies que celles vendues par les géants du Cloud, et des entre-deux-âges dépressifs craignant en permanence de se paupériser.

L’opinion est prête à tout, parce que tout la fait chier. Les clowns dogmatiques de la politique spectacle n’emballent plus qu’une part congrue d’imbéciles privilégiés, qui se mettent « en marche » entre deux sessions de cours à Sciences-Po, ou des vieux bourgeois réactionnaires qui payent l’ISF et sont prêts à aller voter pour un pilote de course amateur vieille France vivant dans un château et qui voudrait bien détruire les acquis du CNR. La majorité est saturée par le bullshit ambiant.

Mais qu’est-ce donc alors qu’une opinion publique faite de pusrienafout’ ? Ahaha ! L’analyste politique des chaînes de radio ou de télévision, les vieux éditorialistes de la presse écrite ne savent pas traiter cette option. Ils n’arrivent pas à situer la chose. Ca leur échappe, eux qui mettent dans des petites cases les opinions politiques de leurs concitoyens depuis tant d’années, avec des sondages d’opinion — justement — venant les conforter dans leurs savantes analyses. Que faire de gens qui n’en ont plus rienafout’ ? Compliqué, non ? Surtout quand on ne fréquente que les dîners parisiens…

Durcissons notre mollesse

La seule chose que les conseillers en comm’ ont trouvé, est une figure rhétorique appliquée à la politique-spectacle : le durcissement. Du discours, hein, pas d’autre chose. Les masses sont furieuses d’avoir du Flanby à l’Elysée, elles votent pour la blonde de l’extrémité bien dure de la droite de la droite extrême ? Faisons pareil qu’elle, les gars : allons-y à fond, trouvons des propositions et des postures « bien dures » qui démontrent à la populace, que nous aussi « on n’est pas des mous ». Chez les socialos-libéraux-démocratico-jumenfoutises de marché ça donne des affirmations péremptoires, du genre : « Je supprimerai le 49.3 ! ». Ou bien : « Je réduirai le déficit à1,5% ! ». « Je créerai un revenu universel à 3,50€ pour tous ! ». Wahooooouuuu : on ne rigole plus, là, c’est vraiment du dur…

Une République forte, c’est protéger les Français : 1000 postes de policiers et de gendarmes supplémentaires créés tous les ans. #Valls2017 pic.twitter.com/jB0zmZTNzz

— Manuel Valls (@manuelvalls) 3 janvier 2017

Quant au reste du « spectre politique » (formulation plutôt adaptée à l’époque, vu l’aspect fantomatique de la classe en question) il agite ses petits bras en revendiquant sa capacité à vraiment « changer la donne » : à droite, c’est du libéralisme à la Reagan-Thatcher, so XXème siècle, et à la gauche de la gauche, on propose de l’expérimentation démocratique à la Chavez : demander aux vieux croûtons pousseurs de caddies d’aller participer à des constituantes. C’est beau sur le papier, mais ça laisse un peu tout le monde dubitatif quant à la capacité d’amener des électeurs du rienafout’ à aller pousser un bulletin pour un truc auquel ils ne croient pas un instant. Mais allons savoir, les jeunes connectés du Cloud pourraient s’y intéresser ? Le leader maximo ex-sénateur socialo est un youtoubeur émérite…

Du pouvoir de l’ignorance

Discuter avec une caissière de supermarché, un vendeur de rayon d’électroménager, un petit agriculteur, une infirmière, un artisan ou un gérant de TPE a un intérêt certain pour l’analyste politique. C’est une sorte de thermomètre sur la température de l’opinion, celles des électeurs et observateurs quotidiens de la vie politique française. Cet exercice est souvent stupéfiant par plusieurs aspects. Le premier est que l’électeur de la « France moyenne » (oui, cette terminologie est absurde, mais bon) s’intéresse beaucoup à la politique de son pays, tout en étant très mécontent de la dite politique. Un peu comme un ado à qui on offre un jeu vidéo qu’il attend avec impatience, et qu’après 10 minutes d’essai il trouve « trop nul ». Imaginez que tous les jeux vidéos qui sortiraient seraient « trop nuls » pour la majorité des ados, et vous aurez une idée de l’état d’esprit de la France-qui-se-fait-profondément-chier-et-ne-finit-pas-bien-les-fins-de-mois. Le discours récurent est celui du « tous pourri », c’est un fait, mais au delà, une profonde ignorance de l’histoire politique et des différents courants de pensées, idéologies censées constituer l’offre dans cette matière. Bien qu’il faille avouer qu’ils ne sont plus franchement revendiqués par grand monde.

Pour résumer, il y a « les socialos, ces gros traîtres qui bouffent du caviar en jouant aux gentils amis du peuple qui bosse, et qui en fait sont des grands bourgeois qui font tout pour les gros patrons. » Il y a aussi « la droite ». Et le FN. Et « les gauchos ». La droite, souvent, la France moyenne les aime pas spécialement, mais « au moins, ils sont sérieux, eux ». Et puis « ils veulent remettre les choses en place, quand même ».

On a toujours l’impression qu’avec la droite, les gens pensent que leur ado fera moins de conneries et sera remis plus facilement dans le droit chemin. Mais comme il y a eu Sarko, et que c’est mal passé, et puis l’Europe, qui passe aussi vraiment très mal, et que la droite continue de la défendre quand même, les gens sont emmerdés. Bon, les écolos, « c’est des bobos », et les gauchos, « tout ce qu’ils rêvent c’est de rien faire d’autre que de nous piquer notre pognon qu’on a durement gagné pour le filer à des immigrés ».  Alors ils disent que, ils savent pas, mais que quand même, on pourrait  « essayer », parce qu’après tout, au moins « avec elle », on sait que « les choses, elles seront faites ». « Et puis ça les fera chier, les autres, elle va les écraser, et au moins on aura une revanche, après toutes ces années où ils nous ont menti et où ils ont profité de leurs situations ». Mais il y a aussi tous ceux qui disent : « ah, bah cette fois, ça sera la première fois, mais là, j’irai pas voter, j’en peux plus. »

Toutes ces réflexions de la France des rayons de supermarché, établies sur une fine analyse du journal de 20h et de posts Facebook  pointant vers des publications patriotiques ou de dénonciation du « système » (souvent les deux), créent… l’opinion. Un truc fluctuent, plus ou moins sous influence, et de moins en moins contrôlable, qui va peut-être confirmer, en 2017, que décidément, le XXIème siècle a débuté en réalité, en 2016. Une sorte d’an 0.

2017 : l’an 1 de la nouvelle ère du pusrienafout’ ?

Les politiques, les journalistes, la sole et les autres dimensions

Par Antoine Champagne - kitetoa

Il a toujours été fort compliqué de faire comprendre à une sole complètement plate qu’il existe une troisième dimension. Il est tout aussi difficile de faire comprendre à un politique qu’il est enfermé dans sa tour d’ivoire et que les gens ne le croient plus. Ou à un journaliste que ses sujets et le traitement de ses sujets ne passent plus auprès des lecteurs. Il faut dire que jusqu’ici, ça continuait de marcher. A chaque élection, les candidats du système continuaient de se faire élire. A chaque campagne, les journalistes continuaient de traquer la moindre petite phrase, à faire croire à leur impertinence, à indiquer la voie aux électeurs. Mais cette fois, c’est un peu plus compliqué.

Les politiques continuent de croire qu’ils vont se faire élire, que les gens sont intéressés par ce qu’ils racontent et surtout, qu’ils vont pouvoir continuer de profiter du système. Ce système qui n’a qu’un seul but : se préserver lui-même. François Fillon pense qu’il n’a rien fait de mal en salariant sa femme et ses enfants. Et qu’il pourra continuer à le faire.

Les journalistes semblent tomber des nues : « il était l’homme intègre qui n’avait jamais été touché par un scandale« . Ah ? Vraiment ? Tous les éditocrates semblent avoir oublié un peu vite que François Fillon a été le premier collaborateur de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans. Et s’il a pu s’asseoir sur toutes les magouilles du clan sarkozyste, comment pourrait-il être choqué des 500.000 euros reçus par sa femme pour ses bons et loyaux services inexistants ? Tout cela est très naturel, voyons. Tout le monde le fait d’ailleurs. N’est-ce pas là sa première défense ?

A gauche, Manuel Valls et Benoît Hamon sont des frères ennemis. Ils sont irréconciliables, nous expliquent les éditocrates. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour voir les ralliements intervenir. Notez, il y a tant de postes à assurer, tellement d’argent en jeu, le parti socialiste de sa gauche à sa droite, ne peut faire l’impasse. Vite, vite, un « rassemblement ». Pour le bien de la nation et des Français bien entendu. Ou pour celui du PS et de ses politiques professionnels. Qui sait ? Et tous de croire que Benoît Hamon a une chance. Allez, on y va, comme en 2012, et hop, avec un peu de chance, on repartira pour cinq ans. Au PS, on semble incapable de voir qu’il y a une dimension dans laquelle les gens ont compris qu’après avoir tenté de tomber encore plus bas qu’avec François Hollande, on pouvait faire croire à un « rassemblement ». Il n’y a pas une semaine, Malek Boutih, soutien de Manuel Valls,  estimait que Benoît Hamon était « en résonance avec une frange islamo-gauchiste« . Pas moins. Les islamo-gauchistes, ce terme chéri de la fachosphère dans la bouche d’un homme estampillé à gauche. Il ne manquait plus que ce genre de choses pour finir de faire comprendre à Paulo à quel point PS avait sombré…

En attendant, Paulo, au Bar des amis, il éructe. Tous ces politiques, il ne croit plus un mot de ce qu’ils racontent, la preuve, Hollande a trahi après son élection. Macron ? C’est celui qui a fait la Loi du même nom et qui incarne le virage libéral de Hollande. Fillon ? Un mec qui file 500.000 euros d’argent public (les impôts de Paulo. Il est pas si con, Paulo…) à sa femme pour un travail fictif. Et même si elle a travaillé, Paulo, il sait qu’elle s’est bien moins emmerdée que lui à l’usine et que lui, il ne gagne pas 500.000 euros, même en vingt ans. Et Paulo, il écoute les journalistes. Ou il les lit. Et il faut bien le dire ici, Paulo, il s’en tamponne le coquillard des considérations sur la dette, le chômage qui inverse sa courbe ou pas, le revenu universel qui n’en est pas un, l’inconnue Macron, l’inconnue si Fillon ne se présente pas. Paulo il sait désormais une chose et il le dit : tous pourris, politiques comme journalistes.

Quant à nous, il nous reste à prier pour que Paulo, il ne vote pas Marine, rien que pour essayer de démontrer aux politiques qu’il existe une quatrième dimension, la sienne, dont ni les uns ni les autres ne semblent pouvoir envisager l’existence.

 

Air France : pilotez l’avion et économisez sur le billet !

Par Antoine Champagne - kitetoa

C’est sans doute l’une des merveilles de la mondialisation, du progrès, lorsque vous prenez un vol intérieur Air France, vous achetez votre billet via leur site Web (pas d’humain), vous éditez vous-même votre carte d’embarquement sur le site Web (pas d’humain), vous éditez vous-même votre étiquette pour votre bagage (pas d’humain), vous pesez vous-même votre bagage et vous scannez-vous même votre étiquette (pas d’humain). In fine, vous appuyez vous-même sur le bouton pour faire partir votre bagage sur le tapis roulant (pas d’humain). C’est peut-être ce recours au client comme employé qui permet de baisser le coût du transport aérien ? Il semble donc assez logique qu’Air France propose dans un avenir plus ou moins proche que ses clients pilotent l’avion, déchargent les bagages, conduisent le bus entre l’avion et le terminal. A un certain moment, le prix du billet ne reviendrait qu’à celui du kérosène grillé sur le parcours. A 1,5 dollars le gallon, ça devrait être très abordable dans un avenir proche, le billet d’avion Air France.

Cette anecdote est finalement assez révélatrice de ce qu’apporte dans son panier garni la « digitalisation » des entreprises. Une lente disparition des métiers. Cela se retrouve dans la grande distribution où les clients sont amenés à scanner leurs courses seuls, sans caissière. C’est assez mauvais pour la courbe du chômage. Aujourd’hui, vous avez plus de chances de trouver le produit qu’il vous faut à un px plus attractif en vous rendant sur le site Web de SFR qu’en allant en boutique. Les employés de ces dernières ont perdu leurs marges de manœuvre au fil des ans. Un résultat de la stratégie du doigt déployée par SFR. L’opérateur aurait pu choisir de donner plus d’outils, plus de possibilités à ses vendeurs en boutique, les armer avec des applications Web. Il a choisi de les appauvrir pour les faire disparaître à terme. Si les clients trouvent leur compte sur le site plutôt qu’en boutique, c’est assez « logique ». Sauf que les dés sont pipés.

La transformation numérique des entreprises en soi n’est pourtant pas forcément une mauvaise chose et n’implique pas obligatoirement une disparition des métiers et des savoir-faire humains. C’est la voie choisie qui peut poser problème.

La voie choisie par la plupart des entreprises est celle du profit maximum sans vision globale. Et pourtant, ce réseau a ses particularités qu’il serait bon de prendre en compte. Il est fondé sur le partage des connaissances. Pour une entreprise, le partage est probablement un concept socialo-communiste et donc peu utile. A tort. Il faudrait désapprendre à vendre et apprendre à partager. Ce qui n’est pas impossible et qui ne contribue pas à terme à  grever le chiffre d’affaire, au contraire.

 

Une loi qui va vraiment contrer le rachat des terres agricoles par les multinationales ?

Par drapher

Suite aux quelques inquiétudes sur les rachats de terres agricoles dans le Berry (et un peu ailleurs) par 2 multinationales entre 2014 et 2016, (dont Reflets vous a retranscrit les modes opératoires dans deux articles, ici et ), des coups de gueule ont eu lieu à l’Assemblée nationale. Une nouvelle loi vient donc d’être approuvée, ce 18 janvier 2017 pour « protéger la France du rachat de terres agricoles par des multinationales ». En gros.

Pourtant, une loi, la « Loi d’avenir pour l’agriculture » était censée faire la même chose : autoriser les Safer  à être alertées en cas de rachat d’actions de SCEA, même partielles (selon Le Foll, voir plus loin). Puisque jusque là, quiconque rachetait 99% d’une SCEA échappait à tout contrôle ou toute régulation (droit de préemption de la Safer). Ce qu’ont fait les multinationales Hong Yang et Beijing Reward International. Face à ces controverses, au cours d’une question à l’Assemblée nationale, le gouvernement français avait répondu. Fermement. Parce que c’était un peu injuste.

Notre ministre de l’agriculture, le bien nommé Le Foll, se félicitait donc, en mai 2016, de cette « disposition légale de 2013 » (en réalité adoptée en 2014) qui désormais, selon lui, empêchait des méchants investisseurs chinois de venir piquer les terres agricoles des petit paysans français — souvent bien endettés — et mal en point. Puisque les Safer étaient prévenues depuis le 1er janvier 2016, date du décret d’application. Et comme tous ces rachats avaient été faits avant 2016, c’était ballot, mais on ne pouvait rien faire. Mais maintenant c’était bon. En France, une loi de 2014 — vitale pour protéger l’agriculture contre les appétits des industriels — met au bas mot 2 ans avant d’être appliquée. Parce que c’est compliqué, ou bien qu’on a du mal à trouver les bonnes imprimantes. Enfin c’est comme ça. La réponse du ministre de l’Agriculture est donc très claire :

Ah bah non, en fin de compte, ça marche pas vraiment

Reflets expliquait pourtant que « ça marchait pas bien » toujours dans cet article qui attestait de rachats de terres par les multinationales , comme avec le rachat de la SCEA La Bergerie, le 28 janvier 2016. Extrait :

L’opération à 942 000 € qui a permis au groupe Beijing Reward International (associé à Hong Yang) de devenir propriétaire à 99% de la SCEA la Bergerie (encore) dans l’Indre, dément cette assertion. Personne ne semble en avoir entendu parler, selon nos sources, et la Safer — si elle a été mise au courant — a laissé l’opération se faire. Chinois : 1 Le Foll : 0.

 

Reflets étant généreux, nous mettons à disposition le document notarié dans son intégralité à destination de ceux en charge de faire appliquer la loi et qui nous le demanderaient. Et même à tous les autres.

Or, donc, si « ça ne marchait pas bien », c’est donc que Le Foll avait oublié des choses, puisqu’une nouvelle loi spécifique vient d’être adoptée sous la pression de vilains écologiste ? Oui, il manquait une chose importante, le fait que la « Loi d’avenir pour l’agriculture » n’était de toute façon pas suffisante, puisqu’une autre loi, la « Sapin 2 » sur « la gestion du foncier » avait été votée en 2016, mais retoquée par le Conseil constitutionnel en décembre de la même année. 

C’est un peu compliqué. Mais comme le site spécialisé dans l’agricole Terres.net le précise :

« Cette [nouvelle] proposition de loi reste identique aux mesures censurées de la loi Sapin 2. « Le Conseil constitutionnel a censuré les mesures sur la forme et non sur le fond », a rappelé Dominique Potier. »

Puis :

La censure du Conseil constitutionnel a donc débouché sur deux textes quasiment identiques, l’un déposé par un député socialiste, l’autre par un sénateur LR.

Bon. Ok. Et ensuite, plein de petits détails un peu pointus, mais dans le corps de la loi une chose attire le regard :

Ainsi l’article 1er reprend le dispositif de l’article 90 de la loi Sapin 2 : il prévoit que l’acquisition de foncier agricole se fasse par l’intermédiaire d’une société dont l’objet principal est la propriété agricole. Cette obligation est proportionnée puisqu’elle ne s’impose qu’aux acquisitions futures et aux propriétés dont la surface est supérieure aux seuils prévus par le schéma directeur régional des exploitations agricoles.

Bien, bien. Mais donc, une multinationale, si son objet principal est l’agricole, peut encore acheter des terres ? Ok, elle ne peut plus si elle ne fait pas de l’agricole. Voyons la suite :

Elle ne s’impose pas aux sociétés ou associations dont l’objet est par nature la propriété agricole, ni aux groupements agricoles d’exploitation en commun (GAEC), ni aux entreprises agricoles à responsabilité limitée (EARL).

Ah, oui, mais donc : toutes les structures qui gèrent de l’agricole ne sont pas concernées par la loi. Ce qui veut dire que Hong Yang et Beijing Reward International, par exemple, à la tête de 2 groupements fonciers, peuvent encore acheter des terres ? Non ? Si ? Et si d’autres multinationales rachètent des GFA, ou montent des EARL, ils ne seront pas sous le coup de la régulation de la Safer ? Si ?

Tout ça est très compliqué. Mais le Sénat pourrait rassurer tout le monde :

(…) crée une obligation, pour les acquisitions de terres par des sociétés, de constituer des structures dédiées, comme des GFA, dont l’objet principal est la propriété agricole, et instruit une possibilité pour les Safer de disposer d’un droit de préemption sur les cessions partielles de parts de ces structures, de manière à maîtriser, voire à prévenir, les phénomènes d’achats massifs de terres au détriment des agriculteurs locaux (…)

Ah. Quand même. Mais ce n’est pas encore fait. Même pas à l’agenda du Sénat :

Contrairement au texte de Dominique Potier, qui sera débattu en séance publique le 18 janvier prochain, le texte déposé au Sénat n’a pas encore trouvé sa place dans le calendrier des sénateurs.

Conclusion provisoire

La conclusion provisoire au sujet de la nouvelle loi de « protection contre l’accaparement des terres agricole et au développement du biocontrôle » reste que des juristes spécialisés devraient se pencher dessus. Fortement. Sachant que les 2 multinationales chinoises pourraient continuer (si besoin) de racheter des terres agricoles, puisqu’elles ne sont plus des multinationales, mais des SCEA et des GFA bien françaises, et que d’autre part, les subtilités juridiques du texte pourraient laisser quand même laisser pas mal de possibilités de montages.

Avec en tête que tous ces textes peuvent prendre des années avant d’être appliqués, puisque cliquer « ok » pour valider une loi au Journal officiel est quelque chose d’assez complexe d’un point de vue administratif dans ce beau pays qu’est la France, que le Conseil constitutionnel peut toujours passer par là, et puis qu’avec le prix du toner laser et des imprimeurs, mieux vaut — dans une période de rigueur budgétaire bien nécessaire — ne pas trop dépenser dans ce truc du Journal officiel.

De notre côté, à Reflets, nous allons essayer de bientôt vous donner des nouvelles de Marc Fressange, le Chinois de France, de sa holding parisienne qui contrôle le petit empire agricole de Hong YangBeijing Reward International, et des activités de toutes ces « petites entreprises » agricoles françaises.

Mais pensez quand même à nous faire des dons. Ca aide…

Valls : un déchaînement pâtissier

Par drapher

Manuel a peut-être un super-pouvoir,  celui de déchaîner des vocations au sein du « peuple français ». Après l’enfarinneur, spécialisé dans le saupoudrage de candidat, voici un homme qui aime les tartes, et tente d’en poser une à notre Valls national de la République forte. Attention, âmes sensibles, détournez le regard lorsque le gorille du service d’ordre s’occupe de notre maître-pâtissier. Il y a comme du Erdogan dans l’air…

Arlette Chabot et sa vision de la Tunisie

Par Antoine Champagne - kitetoa

Reflets a sans doute raté quelque chose : il y a quelques jours, Arlette Chabot présentait dans une librairie de Tunis sa nouvelle oeuvre : « Tunisie, la démocratie en terre d’islam » (Plon), une série d’entretiens avec le président du pays, Béji Caïd Essebi.

Sans avoir lu l’opus, on peut déjà s’interroger sur le titre lui-même. Car pour ce qui est de la démocratie, la Tunisie a encore pas mal de chemin à parcourir. Le président gère avec Ennahdha (le parti islamiste) le pays et certains trouvent que la liberté d’expression y est encore balbutiante.

Arlette Chabot n’a par exemple probablement pas rencontré Walid Zarrouk. Nous vous avions parlé ici de sa femme. Walid a été emprisonné pour un an pour des prises de parole sur Facebook qui, dans le pays des fromages d’Arlette Chabot, lui aurait peut-être valu, et encore, 24 heures de garde à vue ou un procès en diffamation. En Tunisie, c’est un an de prison. Pour protester contre sa situation, Walid s’est cousu la bouche. Ce qui n’a pas plu aux autorités qui l’ont immédiatement déplacé dans une prison éloignée, où il est désormais dans une cellule avec 60 codétenus. En tant qu’ancien de la pénitentiaire, sa situation est optimale et tout à fait digne d’une démocratie en terre d’islam.

Quand le CSA admet que la télévision influence la société

Par drapher
« Notre système audiovisuel n’est pas à la hauteur. Si on voit l’autre majoritairement dans des circonstances où il nous fait peur, où il représente un danger, alors nous contribuons, par l’audiovisuel, à rendre cette société haineuse. La télévision a un rôle majeur dans la constitution des opinions de notre pays »,
Mais quel est l’anarchiste anti-TV qui a bien pu sortir un truc pareil ? La télévision influencerait l’opinion, et pourrait la rendre haineuse envers des catégories de personnes mises en situation en permanence dans la boite à cons le petit écran dans des rôles « négatifs » ? Comme… les Arabes, ou les noirs ? Les gens perçus comme non-blancs ?
C’est dingue ça, on n’y aurait pas pensé.
Continuons avec cette dépêche AFP (très) peu relayée dans les médias :
Les «attitudes négatives» sont incarnées à 25% par des personnes «perçues comme non blanches» (contre 20% en 2015) et les «attitudes positives» le sont à 23% (contre 14% en 2015). Le Conseil relève en outre que les personnes «perçues comme non blanches» sont surreprésentées dans les activités marginales ou illégales, à hauteur de 34%.
Ah bah zut alors ! Les Arabes voleurs ou dealers à la TV, et les blacks trafiquants sont surreprésentés ? Rooooh. Pas possible… Mais qui donc ose tenir des discours aussi contestataires ? Un sociologue de l’utra-gauche anti-patriote à la solde d’obscures officines de déstabilisation de la société de consommation ?
Et bien non…
Toute ces déclarations, et ces chiffres viennent du CSA himself. Plus précisément de la conseillère de l’organisme éponyme en charge de la diversité, Mémona Hintermann.
Le magazine Le point a relayé cette dépêche, mais en évacuant soigneusement le passage sur la constitution des opinions par l’audiovisuel . Etonnant non ? Par contre, le Figaro, lui, a pleinement publié toute la dépêche, avec le passage qui — même avec toute la mauvaise volonté du monde — établit avec une pertinence stupéfiante (avec un peu de traduction en langage courant) que si les Français sont devenus — pour une part importante — racistes, intolérants, bornés et preneurs des discours haineux du FN, c’est en grande partie à cause de l’influence de la télévision. Dingue, non ? On vous le remet :
« Notre système audiovisuel n’est pas à la hauteur. Si on voit l’autre majoritairement dans des circonstances où il nous fait peur, où il représente un danger, alors nous contribuons, par l’audiovisuel, à rendre cette société haineuse. La télévision a un rôle majeur dans la constitution des opinions de notre pays »

WhatsApp : backdoor ou pétard mouillé ?

Par Jef Mathiot

Vendredi après-midi, à l’heure où blanchissent les timelines, le Guardian publiait tranquillou un article pas alarmiste pour deux sous : « une backdoor de WhatsApp permet d’espionner les messages chiffrés ». Comme de bien entendu, étant donné la chaleur de la révélation, les réseaux sociaux ont atteint le point d’ébullition en quelques minutes, et la nouvelle a été largement reprise et amplement commentée.

Une backdoor ? Oui, vous avez raison, commençons par le commencement. Une « backdoor », dans un système de communication, est une vulnérabilité introduite volontairement et à des fins malveillantes — par le concepteur du système lui-même ou à son insu — et qui permet à un acteur d’intercepter ou d’altérer les échanges silencieusement, sans être détecté (Yo Juniper, what’s up!?). WhatsApp est — avec son milliard d’utilisateurs — la plus utilisée des messageries en ligne. La présence d’une porte dérobée aurait, potentiellement, autant d’impact sur la sécurité des communications en ligne que Georges R. R. Martin sur la famille Stark.

Alice et Bob

À l’origine, WhatsApp ne proposait aucune forme de chiffrement de bout en bout. Autrement dit, les serveurs qui transmettaient les messages les voyaient passer en clair. Par voie de conséquence, les communications des utilisateurs pouvaient être interceptées à l’insu de leur plein gré par tout un tas d’acteurs, dont les inévitables chinois du FBI. Après les révélations Snowden, ça commençait à faire désordre…

WhatsApp a donc intégré, entre la fin d’année 2014 et le début d’année 2016, le protocole Signal, issu de la messagerie éponyme et cuisiné par les chuchoteurs d’Open Whisper Systems. Ce protocole, méticuleusement assemblé et jugé fiable par les cryptologues, est devenu en quelques années un standard de fait. On le trouve ainsi non seulement au cœur de Signal et de WhatsApp, mais aussi intégré aux secret conversations de Facebook Messenger ou à l’incognito mode de Google Allo.

Mettons de côté les aspects les plus complexes du protocole, comme l’échange de clés X3DH ou le mécanisme du Double Ratchet, et braquons le projecteur vers un aspect particulier du protocole, son usage de la cryptographie asymétrique.

Avec la cryptographie symétrique, les deux interlocuteurs chiffrent leurs communications grâce à une même clé secrète, un secret qu’ils doivent avoir échangé au préalable. Par opposition, la cryptographie asymétrique, ou cryptographie à clé publique, prévoit que chaque interlocuteur — par convention, on les prénomme Alice et Bob — se munisse d’une paire de clés liées mathématiquement l’une à l’autre. Chacun garde secrète sa clé privée, mais peut librement publier sa clé publique.

Avant d’envoyer un message, Alice le chiffre à l’aide de la clé publique de Bob. À réception, Bob utilise sa clé privée pour déchiffrer le message. Pour répondre, Bob chiffrera le message à l’aide la clé publique d’Alice, qui le déchiffrera grâce à sa propre clé privée. Outre la confidentialité, la cryptographie asymétrique permet également à Alice et à Bob de « signer » les messages échangés, afin que l’autre partie soit à même de s’assurer de leur authenticité. Chaque paire de clés est donc une représentation de l’identité d’Alice et de Bob.

Un trousseau à mille clés

Ce type de cryptographie est très largement utilisé, par exemple par PGP pour les emails, VPN ou SSH pour établir des connexions sécurisées à des machines ou des réseaux distants, TLS qui vous permet de visiter des sites Web de façon plus sûre, et, nous y voilà, par bon nombre d’applications de messagerie, dont WhatsApp.

Le problème auquel font face tous les utilisateurs de la cryptographie asymétrique est la gestion des clés. Chacun d’entre eux doit pouvoir distribuer sa propre clé publique, récupérer celles de ses interlocuteurs, etc. L’une des étapes cruciales pour que deux personnes puissent établir une communication sécurisée est la vérification de la légitimité des clés publiques. En l’absence d’un tel contrôle, un acteur malveillant pourrait se faire passer pour l’une ou l’autre des parties, ou les deux, et déchiffrer à loisir, voire modifier, les messages interceptés.

Les gestion de clés est un problème d’autant plus épineux qu’il peut arriver que des paires de clés soient renouvelées, volontairement ou suite à une perte, une compromission réelle ou soupçonnée, etc. Avec autant de clés que d’entrées dans le carnet de contacts, elle peut même tourner au cauchemar ; elle a d’ailleurs constitué l’un des principaux freins à l’adoption de technologies de chiffrement par le grand public.

Pour faciliter la vie des utilisateurs, les applications de messagerie sécurisées prennent en charge la gestion des ces clés de manière (peut-être trop) transparente. À l’installation, WhatsApp génère une paire de clés : « l’identity key pair ». La clé privée est sauvegardée sur l’appareil, tandis que la clé publique est publiée sur le serveur et associée au numéro de mobile utilisé. Pour s’assurer que le numéro de mobile soit correct, WhatsApp envoie un code à 6 chiffres par SMS qui doit être saisi par l’utilisateur. La clé publique de chaque utilisateur est ensuite utilisée comme ingrédient de base pour chiffrer les messages qui lui sont destinés.

Lost in transmission

La vulnérabilité décrite par le chercheur en avril 2016 — et à l’origine de l’article du Guardian — est en fait assez simple. Précisons que le chercheur a contacté Facebook — l’heureux propriétaire de WhatsApp — qui lui a opposé une fin de non-recevoir. Vous imaginez bien qu’il n’en fallait pas plus pour que l’aspirateur à données personnelles géant le réseau social soit accusé de maintenir cette vulnérabilité à funeste dessein. Credit where credit is due, il semble que Nadim Kobeissi, cryptologue de son état, avait déjà identifié ce problème dès l’automne 2015.

Pour que l’attaque puisse être mise en œuvre contre Alice et Bob, il faut que plusieurs conditions soient simultanément réunies. Primo, il faut que l’appareil de Bob soit dans l’incapacité de recevoir des messages ; par exemple parce qu’il est éteint, parce que Bob passe dans un (long) tunnel, car il est abonné chez Free (#OuiOhÇaVa), ou encore parce qu’il a raté sa poche et malencontreusement glissé le terminal dans son calfouette anti-ondes. Secondo, l’attaquant doit savoir que l’appareil de Bob est indisponible. Tertio, il faut qu’Alice ait envoyé des messages à Bob mais qu’ils n’aient pas été délivrés et placés en file d’attente. Autrement dit, que l’appareil de Bob n’ait pas accusé réception de ces messages. Enfin, l’attaquant doit activer un terminal avec le numéro de mobile de Bob. Il doit donc être en capacité d’intercepter le SMS d’activation ou travailler chez WhatsApp.

Lorsque l’attaquant active le nouveau terminal, l’application génère une nouvelle paire de clés et publie la clé publique — différente de la clé originale — sur les serveurs de WhatsApp, qui annoncent cette nouvelle clé à ses contacts. Suite à cette annonce, sur l’appareil d’Alice, WhatsApp chiffre à nouveau les messages non délivrés, cette fois-ci avec la clé publique de l’attaquant, et les lui expédie. Fin du game.

Des solutions

On peut noter que cette vulnérabilité concerne spécifiquement les messages non délivrés à Bob pendant le laps de temps où il était injoignable, pas l’historique de l’ensemble des conversations ayant pris part entre Alice et Bob. La faille est donc réelle — il convient de ne pas l’ignorer — mais de portée relativement limitée.

Par ailleurs, le lecteur attentif n’aura pas manqué de noter qu’un attaquant susceptible d’activer un terminal avec le numéro de mobile de Bob pourra théoriquement se faire passer pour lui. Il sera en mesure échanger avec Alice sans que cette dernière ne se doute de quoi que ce soit. C’est un défaut dont souffrent d’autres systèmes de messagerie, comme Signal ou Telegram, et qui a été activement exploité par le passé, par exemple en Russie ou en Iran.

La possibilité de changer la clé publique associée à un numéro de mobile est pourtant une nécessité. Bob pourrait par exemple souhaiter changer de téléphone portable, et ce sans que les messages émis par Alice pendant le laps de temps où il était injoignable ne soient irrémédiablement perdus. La retransmission des messages, la fonctionnalité à l’origine de la vulnérabilité, présente donc un réel intérêt pour l’expérience utilisateur.

WhatsApp pourrait, pourtant au moins partiellement, atténuer les effets de cette faille, en notifiant systématiquement les utilisateurs lorsque la clé publique de l’un de leurs contacts subit une modification. Un tel système de notification existe aujourd’hui, mais il est malheureusement optionnel et n’est pas activé par défaut.

Préférénces de sécurité
Préférences de sécurité

Ensuite, WhatsApp pourrait faire en sorte de bloquer les messages sortants tant qu’Alice n’aura pas explicitement indiqué avoir vérifié la légitimité de la nouvelle clé publique de Bob. Ce système de vérification existe lui aussi, il s’agit du « security code » qui peut être scanné ou transmis sous forme de chiffres par un autre moyen. Il ne s’agirait que d’une adaptation marginale du fonctionnement de l’application, sans doute triviale à réaliser. C’est très exactement le comportement de Signal, dont WhatsApp pourrait s’inspirer.

« Security code » d'un contact WhatsApp
« Security code » d’un contact WhatsApp

WhatsApp a pourtant choisi, pour le moment, de refuser ces évolutions. Ce choix est sans doute guidé par la crainte de dégrader l’ergonomie de l’application. La concurrence est rude et les utilisateurs volages ; le risque d’en perdre au profit de la concurrence est bien réel. Mais même si WhatsApp changeait d’avis, la responsabilité de vérifier les clés incomberait in fine aux utilisateurs eux-mêmes, à vous et à moi. En pratique cela s’avère souvent délicat, notamment à cause de la distance et du nombre de contacts. Imprudents, nous suivons le plus souvent le chemin de moindre résistance (« pourvu que ça marche ! ») et sommes tentés de ne rien vérifier du tout, de choisir le bouton « OK » en pilote automatique.

Le pétard mouillé

Voilà donc toute l’histoire de cette soi-disant « backdoor » : une vulnérabilité réelle mais limitée, introduite sans intention maligne, et détectable qui plus est. Bref, tout sauf la définition d’une backdoor.

À titre personnel, votre serviteur n’a pas d’amitié particulière pour Facebook, mais il faut reconnaître que WhatsApp est aujourd’hui l’une des applications de messagerie les mieux sécurisées. Les utilisateurs de WhatsApp (et des autres applications de messagerie) peuvent eux-mêmes améliorer leur sécurité et celle de leurs contacts. Il faut pour cela prendre l’habitude d’effectuer les vérifications appropriées — au moins quand c’est possible — et activer le système de notifications.

Les articles outranciers comme celui du Guardian incitent les utilisateurs à migrer vers des systèmes moins sûrs. En prétendant protéger le lecteur, on le rend plus vulnérable.

C’est quand même couillon.

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