orx57 RSS

🔒
❌ À propos de FreshRSS
Il y a de nouveaux articles disponibles, cliquez pour rafraîchir la page.
À partir d’avant-hierromy.tetue.net

Hackathon écriture inclusive

Par Romy Têtue

Pas un jour ne passe, au bureau, sans entendre parler de bite et de couilles. Lorsque j'ai fait remarquer à mes collègues qu'ils pouvaient aussi bien s'exprimer sans ponctuer leurs phrases de ces gros mots, ils m'ont répondu : « oh, tu ne vas pas nous emmerder avec l'écriture inclusive aussi !? » Ça m'a soudainement rappelé qu'annuler le weekend d'entreprise qui s'annonçait me permettait de mieux utiliser mon temps… en participant au « hackathon écriture inclusive » prévu aux mêmes dates. Quelle bonne idée !

Goodies du hackathon écriture inclusive

Ce passionnant hackathon se déroulait dans les locaux de l'école Simplon.co qui nous rappelle que les métiers du numérique ne comptent que 30 % de femmes, et seulement 17 % de développeuses. À l'initiative de l'événement, l'agence Mots-Clés a remarqué qu'en ajoutant simplement un « ·e », les candidatures féminines augmentaient de 10 %. Le chemin vers l'égalité passe par le langage. Or beaucoup peinent à rédiger de façon inclusive : les aides, outils et ressources leur manquent. D'où ce hackathon pour les inventer.

J'étais enthousiaste de rencontrer tant de personnes motivées par l'évolution de notre langue, à commencer par Éliane Viennot elle-même, mais aussi Sylvia Duverger, co-autrices de L'Académie contre la langue française, et Raphaël Haddad, directeur du Manuel d'écriture inclusive. D'un côté des linguistes puristes de la féminisation de la langue française, prônant la réhabilitation de termes féminins pré-existants comme autrice, mairesse, doctoresse ou poétesse… de l'autre des pragmatiques à l'écoute des usages contemporains, acceptant les néologismes comme auteure, maire, docteure ou cheffe… Dites-nous comment vous féminisez les noms, et on vous dit qui vous êtes vraiment. Les débats furent argumentés et bienveillants, ce qui les rendaient d'autant plus passionnants et constructifs. Au total, ce hackathon réunissaient 75 participant·es de milieux, de genres et d'âges divers, tant linguistes que développeurs et développeuses. En émergèrent 25 idées, dont une dizaine furent développées durant le weekend :

Bouton générateur de point médian
Photos d'Arièle Bonte
  • Alt0183 est une extension de clavier pour faciliter l'usage du point médian, palliant la difficulté actuelle de saisie au clavier de ce caractère. J'adore ce gros bouton qui permet de créer un point médian (et d'autres combinaisons de caractères) d'un coup de poing, juste en tapant dessus !
  • Égalexique est un dictionnaire répertoriant 400 métiers au masculin et au féminin, permettant d'entrer un mot et d'en découvrir l'histoire et la signification. La version béta du site permet déjà de découvrir le mot « écrivaine ».
  • La disparition est un jeu vidéo (en développement) dans lequel vous incarnez une journaliste d'investigation enquêtant sur des mystérieuses disparitions de femmes… une manière de sensibiliser à l'invisibilisation des femmes dans la langue française.
  • La semaine inclusive francophone (SIF), à destination des élèves d'écoles primaires, propose de démocratiser l'écriture inclusive, au cours de la semaine de la langue française et Francophonie, en 2020.
  • Épinglons-les propose des affiches de sensibilisation pour promouvoir l'emploi de l'écriture inclusive en entreprise.
  • #Taglinclusive est un groupe Facebook qui recense les sites, livres, commerces, entreprises, etc. pratiquant l'écriture inclusive pour montrer par l'exemple que cette manière d'écrire et de s'exprimer est déjà répandue.
  • Enfin, un groupe a planché sur le « Google Translate de l'écriture inclusive », c'est-à-dire une convertisseuse (bientôt en ligne), appelée Incluzor·e, qui permettra de copier-coller un texte pour le traduire automatiquement en langage inclusif. C'est le projet que j'ai décidé de rejoindre.
Programmation des remplacements de mots pour inclure le féminin
Photo d'Arièle Bonte pour RTL.fr

Nous nous sommes coordonné·es sur Slack, Framapad… Je ne savais pas trop quoi apporter, entre ma connaissance de l'écriture inclusive, qui est ici toute relative étant donné les pointures présentes, et mes compétences en UX design, peu utiles dans ce contexte où il s'agit surtout d'affûter un algorithme. Comme il n'y a pas qu'une seule façon d'écrire inclusif, nous avons choisi de proposer quatre niveaux, plus ou moins militants. Nous avons aussi initié un lexique inclusif à enrichir collectivement. Infichue de cloner le dépôt Github pour co-designer directement dans le navigateur, j'ai finalement réalisé la maquette avec Moqups, qui a servit pour la démo finale.

J'étais dans l'avion au moment de la remise des prix. Ce n'est qu'à l'atterrissage que j'ai découvert que le grand prix du jury… nous a été attribué, wahou, grosse fierté ! Bravo l'équipe ! Un projet à suivre, via le compte twitter @incluzor.


Bilan de l'année 2017

Par Romy Têtue

L'année a commencé par une démission. Douloureuse. Entérinant mon dégoût de l'accessibilité d'experts à la sauce RGAA. Couronnée par la pire mission de ma carrière. Et le diagnostic de TMSLT dont quatre cervicales bousillées. Qui nécessiteraient un poste de travail adapté. Ouille.

Voir le Taj Mahal et mourir…

J'ai donc refait mon passeport en urgence, pour partir. Loin. D'abord dire adieu à mon amour saragonais. Cœur brisé. Sur fond de chants révolutionnaires espagnols galvanisants. Avant d'aller m'enivrer d'épices et de couleurs en Inde, écrasée par la canicule, faisant la sieste dans des parcs enchanteurs, taquinée par les écureuils, au pied de palais merveilleux… Voir le Taj Mahal et mourir.

Taj Mahal

Job de rêve

Et renaître. Le lendemain, j'embauchais chez OCTO Technology. La semaine suivante, je débarquais à l'incubateur des startups d'État en tant qu'UX designer. Un mois plus tard, je revenais sur le plateau du site Service-public.fr, le plus gros site français, avec ses 3 millions d'utilisateurices… waouh !

Heureusement pour mes vertèbres effritées, il y a là des bureaux assis-debout, de confortables fauteuils babar — c'est ainsi que j'appelle les canapés gris à grandes oreilles, favorables aux conversations feutrées —, des bulles où s'isoler, des fatboy où se vautrer… qui me permettent de varier les positions. Je peux bosser pieds nus, en chaussettes, en lotus, en flamand rose… Et avec le yoga, j'ai perdu deux tailles en un an, mais aucun kilo, autrement dit je me suis musclée. Bénéfice logique : je souffre moins. Pour bien faire, il faudrait que je nage régulièrement aussi… mais ça réclame un courage et une organisation que je n'ai pas encore.

Posture de travail : assise en lotus au bureau

Ce confort est à l'image du reste. C'est la boîte dont je rêvais : exigeante, agile, intelligente… inqualifiable. J'y rejoins une tribu (mon équipe) en auto-gestion (sans leader) où je choisis ma manager (et non l'inverse)… Post-it, stand-up, kanban, boîte à meuh, ROTI, sketching, brainstorm perpétuel… OCTO est bien une Great Place to Work. C'est important de le dire : ces boîtes-là existent, cherchez-les. Souffrir au travail n'est pas une fatalité.

Fin de la bise au boulot \o/

Autre détail important : je me suis affranchie de la bise au boulot. Je déteste tellement ça que j'ai envoyé un message à tous mes collègues pour le dire. Le plus étonnant est qu'ils en tiennent compte. Dans la durée. Si si. Boss compris. Ça n'a l'air de rien, mais c'est la première fois de ma vie que je peux bénéficier d'un aussi long laps de temps exempt de cette micro-agression. Ça libère les neurones. Tranquille, je suis. Ça valait vraiment le coup.

Mieux : de retour de vacances, je découvre que le salut sans contact a été adopté à l'incubateur, youhouhouh ! Et je termine l'année en discutant avec la maire qui s'est adressée récemment à ses collaborateurs, comme moi, pour que cesse la bise. Quelque chose me dit que ce n'est qu'un début. Que cela va prendre de l'ampleur dans l'année qui vient. Des copines motivées pour lancer une action ?

Sous la tondeuse

Après être repassée sous la tondeuse cet été, j'ai confié ma tête à la coiffeuse, qui s'amuse à laisser pousser le dessus et tondre le reste. Undercut. Bof. Ça frisouille… Inconvénient des coupes tondeuse : il faut re-raser trop souvent. Pis ça ne tient pas chaud. Objectif : laisser suffisamment pousser le dessus pour en faire des dreadlocks à me nouer en écharpe l'hiver prochain. Héhé. Zut, je réalise que je n'ai pas complété mon tatouage…

Trop de gens dans ma tête

Cette année, j'ai tout laissé tombé : le staff de Paris Web, mes élèves, les coups de main, les escapades, la rando… Je n'ai gardé que le yoga, quelques soirées pour décompresser et une petite poignée de side projects persos maintenus en coma artificiel. Pour faire la place pour ce nouveau job. Et j'ai bien fait. Car si une prise de poste est toujours prenante, celle-ci est costaud. Tout est nouveau et, déstabilisée, je me sens comme bleusaille, pas vraiment en zone de confort ni en maîtrise. Je me prends des claques en réalisant à quel point je suis salement conditionnée par les mauvaises habitudes des SSII (fuyez-les !). Tout à ré-apprendre… et ça fait grand bien, parce que ça faisait longtemps. C'est ce que je recherchais.

J'ai eu la très nette sensation que mon cerveau se remettait en marche. Youpi, ça turbine à nouveau ! Un peu trop d'ailleurs. La bête, libérée de ses entraves, rue en tout sens, avide d'explorations, veut tout essayer, foisonne d'idées et d'envies. Ouhla, on se calme là-haut !

Poussin dans un verre d'eau

Trop de nouveauté, trop de tout : de messages (j'ai constamment 5000 mails non lus de retard !), de messageries, d'ordinateurs, de téléphones, de calendriers, de todolists, de relations, d'abonnements et de followers, d'interlocuteurs et d'interlocutrices… Davantage que ce qu'un cerveau peut traiter, bien davantage que ce qu'une ourse nerd et casanière comme moi peut encaisser, me demandant des temps de récupération supérieurs à la durée de repos légalement autorisée. Je vous aime, les gens, mais vous êtes beaucoup trop nombreux dans ma tête. En pleine surcharge cognitive, je me suis remise à oublier les prénoms, les visages, les moments, à confondre les gens, les mots, à mélanger les langues, le rêve et la réalité, à zapper des engagements, à me noyer dans un verre d'eau… Grosse fatigue. Trop de gens et pas assez de câlins.

Pis d'un coup, paf, sans prévenir, ma pièce de puzzle s'est emboîtée avec les autres. Pile pour la conférence Paris Web — où j'ai distribué des câlins avec mon nouveau doudou — et un fantastique weekend de décompression à Londres où, sous la perruque verte d'une amie, j'étais follement métamorphosée.

Des porcs à balancer

Au retour, pas le temps d'achever mon traditionnel compte-rendu des conférences, surprise par le déferlement de témoignages sous le hashtag #balancetonporc. Vertige. Stupeur. Miroir. Trop d'anecdotes que je pourrais raconter aussi. J'en lâche une, par solidarité, goutte d'eau dans ce raz-de-marée. Je ne pensais pas que cela adviendrait de mon vivant, cette prise de parole, publique, massive. Merci à vous, à chacune. Pour le courage, le risque pris, d'oser parler. Merci à toutes. Pour la force que cela ravive en moi.

Écriture inclusive sur les slides d'une prez bien tech, moi j'aime !

Car tout n'est pas parfait, loin s'en faut, dans ce super nouveau job. Comme ailleurs, il ne se passe pas une journée sans qu'un collègue ne parle de sa bite. Et il a fallu faire avec un client soupe au lait qui a menacé me crever (volontairement) un œil. Pour rire, hein. D'autres se sentent brimés par le CoC des conférences techniques ou s'étranglent face à la moindre abréviation inclusive… Ma seule contribution de l'année aura été un article faisant le point sur l'écriture inclusive qui, j'espère, aura évité à ses lecteurices des prises de becs inutiles lors des repas de fête.

Quelles envies pour 2018 ?

Comme en randonnée l'on fait une pause au col, j'admire le paysage, pas pressée de poursuivre. Bivouac d'étape. Ce qui m'attend en ce début d'année ? Des sommets enneigés (brrr), avec des chocolats suisses (eurk) et des techniciens en bleu de travail (miam) pour ma première mission à l'étranger, in english please :P Au delà de ça, je sens que l'année à venir me réserve encore quelques caps à franchir. Alors allons-y mollo.

  • La priorité m'a été donnée par une amie : « cesse de t'occuper des autres et prends soin de toi d'abord » :P
  • Dormir. Respirer. Trouver le rythme…
  • Déménager pour adopter une meugnonne petite chatte. Et ronronner.
  • Chérir les ami·es tendres qui sont (trop) loin.
  • Ne pas louper les Flupa UX days ni SudWeb.

Et ce sera tout. Pas de vaste projet. Juste continuer et consolider, c'est déjà bien assez.


C'est le chouette bilan de l'année 2017 de Laurence qui m'a motivée à faire de même. Nicolas a arrêté de troller et voici ce qu'à fait Rémi HTeuMeuLeu et les non-résolutions de James. Et vous ?

  • 30 décembre 2017 à 23:10

Écriture inclusive : faisons le point (autour de la cheminée)

Par Romy Têtue
Salut les fées et les lutins ! Si t'as pas entendu parler d'écriture inclusive dernièrement, c'est que tu vis au fond d'une grotte. Et quelle chance, parce que la polémique actuelle nous rebat les oreilles ! Mais y'a des petits trucs qu'il te faut savoir, pour bien faire ton métier dans le Web. Et peut-être as-tu des questions à ce sujet… Faisons le point, veux-tu ? Viens, prends ce plaid et installe-toi au chaud près de la cheminée… Il était une fois… Ce n'est pas une nouvelle mode. Ça existe depuis… Voir en ligne : https://www.24joursdeweb.fr/2017/ec...

Cadeaux Noël 2017

Par Romy Têtue

Voici quelques idées de cadeaux pour Noël, parmi les bonnes choses de cette année que j'ai envie de vous partager :


Régalez-vous aussi avec les calendriers de l'avent en ligne : 24ways.org (for web geeks), uxmas.com (UX), 24joursdeweb.fr (web) et d'autres à découvrir via @WalterStephanie.

L'AFP nous les brise

Par Romy Têtue

Les personnalités de l'année ne sont pas les « briseurs de silence ». Mais les « briseuses de silence ». Ou comment les médias persistent à nous invisibiliser.

L'AFP vient de titrer « Harcèlement : les “briseurs de silence” désignés “Personnalité de l'année” par Time ». Mais qui sont ces mystérieux « briseurs » dont parle l'Agence France Presse ? Une nouvelle expression comme « lanceur d'alerte » ? Devinez-vous que, derrière ce titre, ce sont les femmes qui sont désignées ? Oui, celles-là mêmes qui ont brisé le silence ces derniers mois, de façon massive, inédite, initiant un mouvement international, vous souvenez-vous ? Que ce soient des femmes semble avoir échappé à l'AFP…

Brève de l'AFP : les « briseurs de silence »…

Alors que le Time met ces femmes à l'honneur, l'AFP relaye cette information en les escamotant. L'hebdomadaire américain vient en effet de désigner « personnalité de l'année » non pas une personne, comme de coutume depuis 1927, mais plusieurs : toutes celles qui ont brisé le silence ces derniers mois. En couverture, les premières femmes ayant « brisé le silence » et révélé l'affaire Weinstein aux milliers de personnes qui ont suivi avec le hashtag #metoo. Six femmes en Une, dont l'une a le visage caché, en référence à toutes celles restées anonymes.

Couverture 100% féminine du Time : « Person of the Year : the Silence Breakers, the voices that launched a movement »

Il est intéressant de remarquer que le Time a ostensiblement rebaptisé le titre « Man of Year » dans une forme plus générique et inclusive « Person of the Year » (depuis… 1999) et parle sans discrimination de celleux qui ont brisé le silence. C'est évidemment plus facile en langue anglaise, où le genre est moins marqué, qu'en français, où la polémique actuelle dite de l'« écriture inclusive » rappelle justement combien le sexisme imprègne encore la langue française, si l'on n'y prend garde.

Traduction machiste

Comment l'AFP a-t-elle traduit cette information ? Si la distinction « Person of the Year » a été correctement traduite en français par « Personnalité de l'année », le titre « the silence breakers » a été hâtivement traduit par « briseurs de silence » — plutôt que « briseuses de silence » —, faisant passer, par ce choix, ladite personnalité pour masculine, invisibilisant les femmes.

Il n'y avait pourtant pas de difficulté à traduire « briseuses de silence », puisque le mot existe au féminin, afin de rester fidèle à l'information — dont témoigne également, si doute il y avait chez les traducteurs, l'image, qui ne montre que des femmes. Mais l'AFP semble appliquer scrupuleusement la règle du masculin neutre qui l'emporte sur le féminin. Y compris pour parler d'un groupe de femmes. C'est ainsi que, cruelle ironie, l'actrice Ashley Judd, la chanteuse Taylor Swift, l'ingénieure Susan Fowler, parmi les premières à dénoncer les agressions sexuelles des hommes de pouvoir, et toutes les autres disparaissent dans l'actualité française sous le masculin qui l'emporte, les médias relayant massivement à grand coup de copier-coller. En re-silenciant ainsi celles qui, précisément, sortent du silence, cette règle de grammaire montre bien ici, non seulement ses limites, son absurdité, mais aussi son caractère offensant et toute sa violence.

Persistant dans l'erreur, l'AFP tweete « ceux qui ont brisé le silence… » déclenchant des demandes de suppression et d'excuses. Douze heures après, au moment où je rédige ce texte, le tweet est toujours en ligne.

Tweet de l'AFP : « ceux qui ont brisé le silence »

Plus qu'une malheureuse erreur de traduction, c'est très révélateur de la réponse française à la parole des femmes, qualifiée de délatrice, soupçonnée d'être diffamatoire, ignorée des pouvoirs publics et sans grande conséquence pour les accusés, contrairement aux États-Unis, où s'ensuivent évictions et démissions. Tandis qu'outre-Atlantique les femmes obtiennent reconnaissance, jusqu'à faire la Une à la place du président Trump, qui y était attendu, le journaliste français, voyant cela, réaffirme la prévalence du masculin. Parce que, quand même, hein, la langue, ça se respecte. Davantage que les personnes, manifestement.

Help yourself : stop using French !

Oh ! que cela donne envie d'arrêter de parler français, cette langue non seulement sexiste — par héritage historique, disons, pour faire court — mais aussi réac, puisque, même face à une Une 100 % féminine, face au sujet de la dénonciation des violences faites aux femmes, elle reste infichue d'accorder au féminin et ajoute par là une agression supplémentaire à celles dénoncées. Outre l'affront, c'est du non sens. Je ne veux plus laisser entrer ce galimatias dans ma tête. J'ai urgemment besoin de changer de langue. Cessons donc de parler cette langue qui ne veut pas de nous ! Hey girls, help yourself : stop speaking French, since this language doesn't want us !

La presse française peine à relayer l'information de façon respectueuse, butte pitoyablement sur les mots, et produit finalement l'effet inverse, d'effacement des femmes, là où le Time les met en lumière. Au delà de la reconnaissance, le choix de Time reflète l'ampleur des répercussions du mouvement anti-harcèlement aux États-Unis et au-delà, via les réseaux sociaux, avec notamment #Balancetonporc ou #YoTambien.

« Les actions galvanisantes des femmes de notre couverture, avec celles de centaines d'autres, et beaucoup d'hommes, ont déclenché un des changements les plus rapides de notre culture depuis les années 1960 », a expliqué le rédacteur en chef de Time en dévoilant ce classement. « Pour avoir donné une voix à des secrets de Polichinelle, pour être passés du réseau des chuchotements aux réseaux sociaux, pour nous avoir poussés à arrêter d'accepter l'inacceptable, les briseuses de silence sont la personnalité de l'année », a-t-il ajouté, cité dans un communiqué du magazine.

Cessons plutôt de lire la presse française, qui manque tant de respect pour les personnes concernées, que de rigueur dans l'information, et allons puiser à la source : TIME Person of the Year 2017 : The Silence Breakers. Bye !

Carré blanc sur fond blanc

Par Romy Têtue

Carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malevitch, 1918.


Je n'avais encore jamais vu le Carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malevitch, œuvre selon moi fondatrice, qui signe la mort de la peinture et inaugure la période moderne (bien davantage que l'œuvre de Duchamp).

Pour en savoir plus : Malévitch, carré blanc sur fond blanc, podcast du 06/09/2014, à ré-écouter sur France Culture.

Conservée au Museum of Modern Art (MoMA) de New York, l'œuvre est visible à Paris, à la FLV, jusqu'au 05/03/2018, dans l'expo : Être moderne : le MoMA à Paris. Ne ratez pas ça !

Ma grand-mère, ma mère, #metoo, STOP !

Par Romy Têtue



Après l'affaire Weinstein et les hashtags #balancetonporc ou #metoo, les femmes se sont donné rendez-vous dans la rue pour que la condamnation du harcèlement sexuel dépasse les réseaux sociaux. Malgré la pluie et selon la préfecture de police, 2500 personnes ont pris part au rassemblement à Paris, ce dimanche, place de la République. J'y étais. Des femmes de tous les âges témoignaient, sur les pancartes brandies et sur les (trop) nombreux papiers épinglés aux murs, du harcèlement sexuel mais aussi des agressions et des viols subis, génération après génération.

Faisons le point !

Par Romy Têtue

Les différents points se ressemblent dans certaines polices de caractères — en particulier le point médian et la puce, souvent confondus, mais aussi certains opérateurs mathématiques —, ce qui n'aide pas à les distinguer visuellement et occasionne des erreurs typographiques. Pour bien voir les différences, les voici dans une police (Ubuntu) qui les distingue bien :

Lorsque vous rédigez votre texte, même si vous ne voyez pas la différence, avec vos yeux, ces points ne se valent pas. Votre texte risque de se retrouver alourdi de gros pâtés lorsqu'il sera affiché avec une autre police de caractère, comme cela arrive souvent. C'est moche. Mais surtout, ces points n'ont pas la même signification. Par exemple si, à la place du point médian, vous utilisez l'opérateur point, celui-ci risque d'être lu « multiplié par » par les synthèses vocales. D'où l'importance d'utiliser le bon caractère.

Pour ne plus se tromper de caractère, voici un tableau regroupant les principaux points utilisés en typographie française et leur codage informatique :

Code informatique des différents points typographiques
Symbole Description Unicode Code ISO Entité HTML
. Point
Full Stop
(ou point final
ou point bas)
U+002E .
; Point virgule
Semicolon
U+003B ;
: Deux-points
Colon
(ou double point)
U+003A :
Point de suspension
Horizontal Ellipsis
Voir : Évitez les erreurs de points de suspension…
U+2026
· Point médian
Middle Dot
(ou point milieu)
Voir : Féminiser au point médian
U+00B7 · ·
Opérateur point
Dot Operator
U+22C5 ˙
Opérateur puce
Bullet Operator
U+2219
Puce
Bullet
(ou gros point médian)
U+2022

Ce tableau ne liste volontairement pas les raccourcis-claviers parce qu'ils sont trop nombreux et variables : ceux-ci dépendent de votre configuration matérielle et logicielle. Si vous ne savez pas comment saisir l'un de ces caractères avec votre clavier, cherchez dans le mode d'emploi de votre ordinateur, tablette ou smartphone, sinon dans votre moteur de recherche favori, par exemple : « point médian windows clavier » en vérifiant bien, dans les résultats obtenus, la correspondance du code ISO ou Unicode, certaines ressources web présentant des erreurs [*].

Il existe bien d'autres points, comme le point arabe « ۔ », celui éthiopien « ። » ou mongol « ᠃ », le point féminin syriaque, le point exclarrogatif ou encore le joli point d'ironie qui est une création artistique récente.


Cette note a été rédigée avec l'aide de @typochef via ce doc partagé que vous pouvez aussi compléter ; ce qui a permis de mettre à jour la page Wikipédia en conséquence : Point médian.


[*] Attention, le site symbole-clavier.com, très bien référencé, présente des tables de caractères avec leurs raccourcis-clavier contenant des erreurs : il confond notamment la puce avec le point médian.

Être ou se faire (violer)

Par Romy Têtue

Les femmes ne SE FONT pas (harceler, violer, etc.), elles SONT (harcelées, violées, etc.). Les mots ont un sens.

On entend souvent l'expression « se faire » (cambrioler, licencier, violer…) plutôt que « être » (cambriolée, licenciée, violée…). Sans doute parce qu'il est plus facile d'utiliser un infinitif que d'accorder un participe passé, en témoigne les erreurs fréquentes (y compris « elle s'est faite renvoyer »). La formulation avec « se faire » est en effet plus facile, puisqu'immédiatement suivi d'un infinitif, le participe passé du verbe « faire » est invariable : « elle s'est fait renvoyer ». Ça reste plus simple que de conjuguer le verbe être avec un auxiliaire en accordant correctement : « elle a été renvoyée ». Pourtant, ces deux phrases ne sont pas équivalentes.

Être ou se faire, telle est la question…

Il y a une différence de sens entre les deux formulations : « il s'est fait aimer de tous » n'a pas la même signification que « il est aimé de tous ». L'emploi du verbe « se faire » indique une action, une volonté, ou du moins une participation du sujet, qui a ici fait en sorte d'être aimé, tandis que l'usage du verbe « être » fait un simple constat, un état, de manière plus neutre.

Se faire
Se faire s'emploie lorsqu'une personne cause l'évolution de sa situation. Exemple : Grâce à ses relations, il a pu se faire remplacer pour cette réunion à laquelle personne ne souhaitait participer.
Être
Être indique un état, une réalité, une existence. Exemple : La neige est blanche.

De même entre « Madame est belle » et « Madame s'est fait belle » : la première formulation constate tandis que la seconde indique que Madame est la cause de sa beauté.

Ne plus se faire avoir

Dans l'usage populaire, les deux formes tendent à se confondre, jusqu'au contresens puisque, pour beaucoup, « se faire » indiquerait la passivité, le fait de subir, sans doute par analogie avec l'expression familière « se faire avoir », qui signifie être roulé, berné : « il s'est fait avoir comme un bleu ».

Pourtant celui qui « se fait licencier » ne vit pas la même chose que celui qui « est licencié ». Se faire licencier signifie faire en sorte d'être licencié, que ce soit volontaire ou non. Dire « j'ai été licencié » se borne à énoncer le fait sans présumer des causes, tandis que « je me suis fait licencier » attire, par la redondance pronominale, l'attention sur soi, sans que l'on sache précisément si c'est pour se faire plaindre, comme victime du grand méchant employeur, ou par fierté d'avoir œuvré en ce sens, amenant l'employeur à prendre la décision que l'on souhaitait.

D'après la Grammaire méthodique du français (PRR), Les verbes faire et laisser gardent une valeur causative : le premier implique de la part du sujet un certain degré de responsabilité ; le second, au contraire, souligne sa “passivité”. Exemples : « Il s'est fait opérer par un charlatan » ou « il s'est fait renverser par une voiture » pointe la naïveté ou l'imprudence du sujet, bref sa part de responsabilité. « Il s'est fait remarquer » sous-entend qu'il a tout fait pour. La passivité s'exprime davantage avec le verbe laisser : « il s'est laissé frapper sans réagir ».

On parle alors, en linguistique, de verbe causatif, plus précisément ici de forme factitive pronominale : « Marie se fait conduire par Paul ». Cette construction de phrase permet d'exprimer un sujet (Marie) qui est cause de l'action effectuée par un agent distinct (Paul) et décrite par le verbe (conduire). Dans ce tour causatif pronominal, “se” renvoie au sujet global du factitif (Marie). C'est ce sujet qui met en branle un processus qui l'affecte ; rien ne saurait donc être en principe plus digne d'intérêt que ce qui lui arrive. C'est pour cela que l'attention est dirigée d'une manière inhérente vers l'accomplissement de l'action, vers l'obtention d'une situation. (Sur la structure argumentale de la forme faire + infinitif, par Malika Kaheraoui, Corela, octobre 2017).

Personne ne se fait violer

Se faire une tasse de thé, suppose que l'on voulait boire du thé. Se faire faire une robe ou un placard sur mesure, de même. Se faire coiffer, tatouer ou manucurer, aussi. Se faire draguer, se faire remarquer, aussi. Et se faire harceler, agresser, violer ?

“Flavie Flament s'est fait violer” titrent bon nombre de magazines. Cette forme grammaticale active sous-entend une volonté du sujet. C'est Flavie Flament qui agit. Elle SE fait violer. Elle se fait faire un massage, elle se fait aider pour sa thèse, elle se fait récompenser, elle se fait refaire le nez, elle se fait violer. Comme si c'était son choix, comme si elle était à l'origine de l'acte. Sauf qu'en réalité, elle n'a pas désiré ce viol : elle est violée. (Culture du viol : non, Flavie Flament ne s'est pas « fait violer » !, Marlène Schiappa, Huffington Post, 17/10/2016.)

Ce qui définit le viol étant l'absence de consentement, il est illogique de dire « se faire violer ». C'est un non-sens. Il est impossible de « se faire violer ». Personne ne se fait violer. Jamais. Pis que ça : dans un contexte où les victimes de viol sont trop souvent interrogées sur leur comportement, leur tenue… suspectées d'avoir provoqué, dire « elle s'est fait violer » sous-entend qu'elle l'a cherché, un peu, quand même.

Les femmes ne se font pas harceler, agresser, violer. Sauf du point de vue de l'agresseur. Point de vue hélas communément partagé, en témoigne l'usage généralisé de cette forme dans la langue française contemporaine, y compris dans la presse, au point qu'on n'y prête plus gare. Pourtant, non, on ne se fait pas violer comme on se fait une tasse de thé. Il faut donc éviter l'expression « se faire violer », douteuse, au profit de « être violée », pour bien signifier que le viol est commis sur une victime non consentante, par un criminel qui le cause. On ne se fait pas violer. On est violé. On est, on est, on est violé. On ne fait rien. On est. c'est l'autre qui fait. Le viol, c'est l'autre qui le fait. rappelle la femme de lettres Léonora Miano, ici lue par l'ex-ministre Christiane Taubira à l'occasion du dernier Festival d'Avignon.

À quoi sert la balise <pre> ?

Par Romy Têtue

Mais à quoi sert la balise

 ? Au texte pré-formaté dit la spec HTML du W3C. Son nom, 
, signifie littéralement « PRÉ-formaté ». Et ça fait des années que je me demande ce que ça signifie… Cette balise sert tellement peu souvent que je n'avais jamais pris la peine de creuser. Mais qu'est-ce donc que le texte pré-formaté ?


Exemple avec la balise
:

###### # # ## # # ##### # ######
# # # # # ## ## # # # # ##### ## # # # ## # # # # ##### # ## ###### # # ##### # # # # # # # # # # # # ###### # # # # # # # ###### ######

Sans la balise

, c'est incompréhensible :

###### # # ## # # ##### # ######
# # # # # ## ## # # # #
##### ## # # # ## # # # # #####
# ## ###### # # ##### # #
# # # # # # # # # #
###### # # # # # # # ###### ######

La balise

 a pour particularité de restituer le texte dans le code source de la même manière qu'il a été tapé : les espaces multiples, les tabulations et les sauts de ligne sont préservés, alors que partout ailleurs dans la page web, les espaces sont réduites à une seule, le retour à la ligne s'obtient avec 
et le saut de ligne n'existe pas… La balise
permet donc d'échapper exceptionnellement à ce formatage, pour respecter celui du texte originel, qui est donc logiquement dit « pré-formaté ».

Exemples de textes pré-formatés

Cette balise se prête idéalement à l'affichage du code informatique et ses indentations. Mais contrairement à ce à quoi on la réduit trop souvent, la balise

 ne sert pas qu'à afficher du code… mais aussi de l'ASCII Art ou de la poésie. Code is poetry, n'est-ce pas ;)

ASCII Art

Il n'y a pas mieux pour afficher l'ASCII Art, ces images réalisées uniquement à l'aide des lettres et caractères spéciaux contenus dans le code ASCII :


Avec la balise
:

 ____ ____ ____ ||p |||r |||e || ||__|||__|||__|| |/__\|/__\|/__\| 

Sans la balise

, c'est tout mâchouillé :

____ ____ ____ ||p |||r |||e || ||__|||__|||__|| |/__\|/__\|/__\|

L'art est dans le

 !

Poésie

C'est parfois utile pour la poésie moderne, en particulier pour les calligrammes, ces poèmes dont la disposition graphique des lettres et des mots forme un dessin :

Poème d'Apollinaire avec la balise

 :

 S A LUT M O N D E DO NT JE SUIS LA LAN GUE É LO QUEN TE QUE SA BOU CHE Ô PARIS TIRE ET TIRERA TOU JOURS AUX AL
LEM ANDS

Sans la balise

, le formatage est perdu et la poésie s'envole :

S A LUT M O N D E DO NT JE SUIS LA LAN GUE É LO QUEN TE QUE SA BOU CHE Ô PARIS TIRE ET TIRERA TOU JOURS AUX AL LEM ANDS

Texte brut

Elle est indispensable pour restituer le texte brut des fichiers ou des courriels, avec leurs paragraphes indiqués par des lignes vierges, leurs listes par des lignes préfixées d'un tiret, etc.


Voici un exemple de tableau pré-formaté, tel qu'il nous arrive d'en écrire rapidement dans un courriel, en ajoutant simplement des espaces :

haricots secs 1,5 kg
courgettes 2,5 kg
macaronis 1,5 kg
pulpe de tomates 1,5 kg
ail 750 g
basilic 500 g

Ou tel qu'on en voit parfois dans les fichiers informatiques :

 ______________________________________________________________ | | | | | pre | p | br | |____________________|_____________________|___________________| | | | | | Texte pré-formaté | Paragraphe | Retour à la ligne | |____________________|_____________________|___________________| 

Évidemment, si vous avez le choix, un tableau balisé de

,
, etc. sera plus approprié sur le Web.

Balisage léger

C'est la balise idéale pour les textes rédigés en syntaxes légères, de type Wiki ou Markdown, qui ont la particularité de proposer un balisage léger du texte brut, qui préserve ainsi sa bonne lisibilité.


Exemple de texte en Markdown avec la balise
:

 Le titre du paragraphe ====================== Voici un mot en **gras** puis une liste : * c'est simple ; * c'est efficace. 

Sans la balise

 :

Le titre du paragraphe ====================== Voici un mot en **gras** puis une liste : * c'est simple ; * c'est efficace.

Arborescence

Ou encore pour une arborescence de fichiers, exprimée par des tabulations :


Exemple d'arborescence avec la balise
:

website/ index.html img/ logo.png css/ style.css img/ background.png

Sans la balise

, l'arborescence n'est plus perceptible :

website/
index.html
img/
logo.png
css/
style.css
img/
background.png

Si vous avez le choix, optez plutôt pour la liste, avec ul et li, qui correspond mieux, sémantiquement, à ce qu'est une arborescence :

  • website/
    • index.html
    • img/
      • logo.png
    • css/
      • style.css
      • img/
        • background.png

Code informatique

Cela permet aussi d'afficher du code informatique bien indenté et bien aligné, bref tel que saisi. Dans ce cas, il faut ajouter , évidemment. La balise

 respecte le pré-formatage, mais sans présumer de la nature du texte qu'elle contient, tandis que la balise  désigne explicitement un extrait de code. Les deux sont donc nécessaires pour afficher un bloc de code.


Extrait de code affiché avec les balises
et :

Remarque : il est nécessaire de remplacer les caractères « » de l'extrait de code par l'entité HTML « », afin que le code ne soit pas interprété.

Et c'est logique : un extrait de code est bien un texte pré-formaté, tandis que l'inverse n'est pas vrai, comme l'on montré les exemples précédents : un texte pré-formaté n'est pas toujours du code.

Comment styler
?

Son style par défaut lui va très bien :

pre { display: block; margin-top: 1em; margin-bottom: 1em; font-family: monospace; white-space: pre; }

Police à chasse fixe (monospace)

Les polices à « chasse fixe » (dites monospace en anglais), de type machine à écrire, ont la particularité de présenter des caractères occupant chacun la même largeur : indispensable pour garantir un rendu correct du texte pré-formaté ! C'est pourquoi la propriété font-family de

 possède par défaut la famille générique monospace.

Courier, Monaco ou Consolas ? Pour en choisir une autre, voir ce billet détaillé : Choisir une police à chasse fixe pour le web. À savoir, si vous préférez laisser par défaut : déclarer doublement font-family: monospace, monospace; corrige une irrégularité d'affichage entre les différents navigateurs.

Retour à la ligne

Par défaut, pas de retour à la ligne forcé (white-space: pre;) et c'est tant mieux, car cela préserve l'affichage du texte formaté sur toute la longueur. Au besoin, en cas de dépassement, ajoutez un scroll horizontal :

pre { overflow-x: auto; /* Ajoute un scroll horizontal en cas de dépassement */ padding-bottom: 12px; /* Préserve l'espace suffisant pour la barre de scroll */ }

Si, pour l'affichage du code, vous préférez les retours à la ligne pour éviter les dépassements et le scroll horizontal, ciblez spécifiquement pre code (et non pas seulement pre) :

pre code { white-space: pre-wrap; }

Styles perso

Comme on voit sur cette page, j'ai pris soin de distinguer visuellement l'usage de la balise pre pour le texte pré-formaté seul, dont je me sers parfois, de celui pour le code, plus courant :

Exemple de rendu graphique des balises pre et code

Pour d'autres personnalisations, lire : Le CSS pour la balise pre qui s'inspire de cet article du web designer Chris Coyier : Considerations for styling the tag (sans oublier le style pour l'impression).

Multilinguisme multidirectionnel

Enfin, n'oubliez pas, sur les sites multilingues multidirectionnels, d'ajouter l'attribut dir="ltr", doublé de style="text-align: left;" en dur, pour éviter que le texte pré-formaté, en allant se ferrer à gauche, ne soit tout mâchouillé :


Mille milliards de mille bises

Par Romy Têtue

Je déteste tellement faire la bise au travail que j'ai envoyé un message à tous mes collègues pour le dire…

Premier jour de boulot. La personne qui m'accueille me claque la bise. Et chacun·e après lui. C'est le genre de boîte moderne où l'on ne reste pas engoncé en tailleur et costard-cravate à se serrer la main de loin avec le sourire convenu, comme sur les photos des banques d'images. Ici on se fait donc la bise, carrément. Effectivement, entre le serrage de main et la bise, nous n'avons guère d'autre choix en France.

Toute nouvelle, fraîche et dispose, de retour de vacances bien dépaysantes, je me plie au rituel local. Nous faisons le tour des bureaux et smack, smack… C'est gentil, mais ça commence à faire beaucoup. Je pressens qu'il est de mise, ici, de prendre le temps de saluer ses collègues chaque matin. Et que j'en aurai également envie, car l'ambiance est effectivement chaleureuse. Mais comment vais-je leur faire comprendre que je n'apprécie pas la bise, alors que c'est la coutume ici ?

Il est toujours extrêmement difficile, lorsqu'on arrive dans un nouvel endroit qui a déjà ses habitudes, de prétendre y déroger…

Je tarde à rédiger mon mail de présentation. Vous savez, ce tout premier message, que l'on envoie à toute la boîte, pour se présenter… Exercice toujours difficile pour moi. Tellement, que j'appelle les ami·es à l'aide, urgemment. Les voici qui biffent et commentent en direct mon texte, via Framapad, c'est rigolo. Ça m'est d'autant plus difficile à rédiger que m'est venue l'idée d'y prévenir que je n'aime pas la bise. Après tout, c'est le moment. Plus je tarde, plus il sera difficile de rectifier, après avoir laissé l'habitude s'installer, et ce sera pénible de le répéter à chaque personne, l'une après l'autre, individuellement, chaque matin… Voici donc ce que j'écris :

« Ah, j'oublie un détail, mais qui a sa petite importance : en réalité je déteste la pratique de la bise au boulot. Ça complique la vie de tout le monde (quand on va trinquer, OK, et plus si affinité — notez que j'adore les hugs — mais pas au boulot). Je vous propose donc le salut à la japonaise, à l'indienne, le check, le give me five, le sourire radieux à la cantonade… ou tout simplement la bonne vieille poignée de main qui met tout le monde à égalité, sans prise de tête :) »

Je doute. Est-ce vraiment une bonne idée d'envoyer cela à mes plus de 400 nouveaux collègues ? Au risque de passer pour une mégère rabat-joie dans cette boîte particulièrement cool ? Ça ne peut pas être pire que de me forcer chaque matin ! Un rapide calcul m'effraie définitivement : ne rien dire m'engage à des bises par milliers (422 salarié·es x 2 bises x 250 chaque matin x N années = pfiou…), perspective qui m'indispose tellement que j'ai déjà envie de repartir. Et si je m'installais plutôt à mon compte, pour avoir la paix ? Si je veux tenir bon dans la durée ici, il ne faut pas que je me taise.

Je reste longtemps le doigt suspendu au-dessus du bouton d'envoi. Après tout, révéler cela de ma personnalité, reste dans l'esprit du message de présentation. Je prends une grande inspiration. Il faudra bien faire, eux comme moi, avec cette Romy qui ne bise pas. Clic. C'est parti.

Je regrette aussitôt, me remémorant certaines réactions de collègues par le passé. C'est relou. Vraiment relou. Passé un certain temps où la distance est respectée, y'a celui qui décrète : « wé, mais c'est bon, maintenant on se connaît ! » et te la claque, sans se préoccuper un instant de ta préférence. Le respect du consentement, c'est vraiment pas leur truc, aux mecs. Y'a celle qui se ravise sur le tard : « ah oui, c'est vrai, toi tu fais pas la bise » et qui tourne aussitôt les talons, ne sachant pas comment saluer autrement, ce qui la condamne à t'ignorer la plupart du temps. Celle qui te veut du bien : « Hey détends-toi ! Regarde, moi, je fais la bise à tout le monde et y'a pas de problème ! ». L'autre qui fanfaronne : « aujourd'hui je suis rasé, je peux donc t'embrasser pour une fois : je suis tout doux ! Tiens, vérifie ! » et continue son tour des bureaux pour bisouiller tout l'effectif féminin. Celleux qui entreprennent de t'expliquer combien tu manques de coolitude : « moi je préfère la bise. C'est moins hautain. » Le pire : « Tu peux pas renier ta féminité : c'est comme ça, les filles, on leur fait la bise épicétou ! » Jusqu'au manager qui, sans explicitement parler de bise, t'invite à faire « des efforts, pour mieux t'intégrer »…

Au point que tu ne sais plus ce qui est pire entre supporter la réprobation sociale ou le rituel gluant. Et que tu y cèdes parfois, pour avoir la paix. Combien de milliers de bises ai-je ainsi échangé à contre-cœur, avec parfois de parfaits inconnus ? Suis-je condamnée à continuer ainsi jusqu'à la fin de mes jours ? Jusqu'à mille milliard de mille bises ?

L'expérience m'a appris que je préfère encore subir la désapprobation que d'abandonner mes joues — hey, c'est mon corps à moi, hein — sans en avoir envie. Nouvel emploi, nouveaux collègues, je prends le pari d'un nouveau départ. Quand bien même ce serait vain. Car ce n'est rien moins qu'une coutume nationale. Mais qui ne tente rien n'a rien.

Le mail est parti. Mon doigt est encore sur le bouton. Apnée. Je reprends mon souffle. Advienne que pourra.

Le lendemain matin, je retrouve mes nouveaux collègues devant l'ascenseur. Je n'en mène pas large, avec mon mail de présentation que j'imagine déjà lu par tout le monde, m'annonçant revêche jusqu'à Sydney et São Paulo. Inévitablement, l'un d'eux s'avance pour m'embrasser. Malgré ma détermination, je n'ai pas le temps de réagir qu'un autre l'arrête, lui barrant le torse de son bras : « nan, elle ne fait pas la bise », avant de me saluer gentiment en souriant. Et je ressens soudain, sans doute pour la première fois au boulot, ce petit sentiment qui change tout, d'être à ma place.

La scène se répète plusieurs fois les jours suivants et chacun·e s'efforce, bon gré mal gré, de trouver une autre modalité de salutation avec moi. Celui-ci me tope la main, celle-là me la serre tout simplement, j'échange un « namasté » avec celui qui connaît aussi l'Inde, des sourires radieux avec ma manager, un « salut » jovial avec mon équipe… Le salut sans contact l'emporte, apportant un trésor de sourires, beaucoup topent, celui-ci y ajoute un claquement de doigts à sa façon, cet autre un léger coup de coude, celle-ci un coup de hanche, cet autre préfère cogner les poings fermés, celui-là termine en levant le pouce…

Teacher Has Personalized Handshakes With Every Single One of His Students -
abcNEWS

Avec cette diversité de salutations, qu'il me faut faire l'effort de retenir — comme ce professeur américain qui a fait le buzz parce qu'il prend le temps de saluer chaque élève de sa classe de façon personnalisée — c'est toute une richesse de personnalités différentes qui s'offre à moi. Et je reste stupéfaite du nombre de personnes qui, non seulement a lu mon message, mais s'en souvient et m'identifie comme en étant l'émettrice, en tient compte et fait l'effort de s'adapter, à ma singularité, saisissant là l'occasion de réinventer les us et coutumes. Non, cette boîte n'est pas cool, elle est géniale ! Je vous aime, les gens ! Namasté !


❌